Mon enfant de 4 ans fait des crises de colère.
Mon enfant de 4 ans fait des crises de colère
Votre enfant de 4 ans fait des crises de colère et vous ne savez plus comment gérer ?….
Au supermarché, en rentrant de la crèche, de l’école, pour ne pas aller au bain, pour un biscuit cassé… une frustration et ça déborde ! Distinguer les types de colère et y répondre. Comprendre, accompagner et anticiper pour apaiser et améliorer votre quotidien. C’est ce que je vous propose d’explorer ici !
Comment gérer les crises de colère de mon enfant de 4 ans ? - Les différentes situations :
1- Colères de décharge : le syndrome du biscuit cassé.
Mon enfant râle, s'énerve pour des broutilles : le biscuit qui se casse, le manteau qui tombe du porte-manteau, la chaussette qu’il n’arrive pas à mettre comme il faut… des broutilles à nos yeux mais qui révèlent des tensions non déchargées, un trop plein de stress. Il/elle a besoin de libérer les tensions liéés à une journée pleine de contrariétés et sans vous, à la crèche ou à l’école etc.. La colère est l’émotion appropriée.
La Clé : la co-régulation émotionnelle*. C’est à nous, adulte, d’accompagner notre enfant, de l’aider à apprendre à réguler petit à petit ses émotions. Il a besoin de notre présence et de notre réconfort pour l’aider à s’apaiser.
L’Astuce : les jeux de chahut permettent d’évacuer les tensions : karaté chaussette, trappe-trappe, bataille de chaussettes ou de coussins... L’émotion peut se libérer. Le jeu devient alors thérapeutique. Il est essentiel de se mettre en mode écoute pour accueillir la décharge émotionnelle.
2- Colères d’affirmation de ses limites personnelles
Son frère a touché à ses affaires sans lui demander la permission. Vous avez ouvert la banane alors qu’il voulait le faire tout seul…Ici, la colère est l’émotion qui permet d’affirmer ses limites personnelles et de réparer son intégrité. Notre enfant est une personne qui a le droit de poser ses limites lui aussi.
La clé : l’écoute active. Écouter en silence avec toute notre attention. Émettre un message d’écoute : “Je vois que tu es en colère… tu voulais faire toute seule, c’est ça ?” Attendre la réponse et éviter de conseiller ou de donner des solutions.
L’astuce : taper des pieds, faire le tigre, dessiner sa colère, gribouiller sur un bloc de feuilles recyclées avec un vieux stylo, froisser du papier…afin d’éviter que cette colère ne se transforme en violence.
Dans le cas d’un conflit entre deux enfants, nous pouvons nous poser en médiateur et permettre à chacun d’exprimer ses émotions. Une fois écoutés et leurs émotions libérées, chaque enfant peut dire ce dont il a besoin dans le futur, afin d’éviter un nouveau conflit sur le sujet.
3- Colères de frustration
Mon enfant fait une crise de colère au supermarché parce que je ne veux pas lui acheter ce jeu/ces bonbons… Je refuse qu’il mange des gâteaux au petit déjeuné et c’est la crise…
Nous ne pouvons éviter les frustrations et il ne s’agit pas de dire oui à tout pour échapper à la crise. Mon enfant se remet de sa frustration grâce à la décharge de la colère et il retrouve son calme.
C’est un processus physiologique de guérison.
La Clé : l’accueil de l’émotion et l’écoute active. La colère passe rapidement quand elle est accueillie et écoutée sans jugement et avec calme, bienveillance et bientraitance.
L’astuce : lui dire : “Je comprends ta frustration. Tu as le droit d’être en colère et de l’exprimer.” En revanche, nous allons stopper toute forme de violence.
La co-régulation émotionnelle*. Par mon accompagnement empathique, des mots doux et mon exemple, j’amène mon enfant à apprendre petit à petit à réguler lui-même ses émotions, à devenir autonome émotionnellement. Ça va prendre des années de patience, d’empathie, de calme à conserver malgré notre bouillonnement intérieur parfois. Cet énervement est légitime, car nous n’avons pas toujours été écoutés dans nos émotions quand nous étions enfant. Il est difficile d’accueillir ce qui ne l’a pas été chez nous. Notre mémoire traumatique est souvent réactivée par les crises, les comportements et les émotions de notre enfant.
Vraie colère ou colère de substitution ?
Une vraie colère
Elle peut se manifester en criant, en tapant du pied et en pleurant. Elle amène un soulagement. Elle n’est pas destructrice. Dans ce cas, il est essentiel de ne pas arrêter le processus mais de l’accompagner avec des mots empathiques (co-régulation).
Une colère de substitution
Elle cache d’autres émotions, du stress (= un mélange d’émotions non déchargées). Elle peut être violente et destructrice. Il n’y pas de larmes et pas de sensation de soulagement. Ici, on va arrêter le comportement pour laisser place à la vraie émotion. Elle se manifestera sûrement par des pleurs au bout d’un certain temps : « Je vois que tu es contrarié mais ce comportement n’est pas ok. »
Accompagner la crise de colère “dans l’urgence”
Quand la colère de mon enfant déborde, qu’il crie, s’agite, n’écoute plus rien de ce que je lui dis ou demande, que faire ?
1- Je prends du recul :
Mon enfant n’agit pas contre moi, il ne fait pas exprès. Il est submergé par son émotion. Il n’est pas en capacité de se calmer seul, de comprendre ma demande et de coopérer. Je prends 3 grandes respirations. Je me parle intérieurement en me disant que c’est ok de ressentir de la colère moi aussi. Mais l’urgence et ma responsabilité de maman c’est d’accompagner mon enfant à cet instant. Et ça va passer !!
2- Je sécurise :
Je garde mon calme le plus possible. Si nous sommes dans un endroit public, je m’isole avec mon enfant dans un coin plus discret, si cela est possible ou je le protège des regards.
3- Je co-régule son émotion :
La colère est un processus naturel et mon enfant vit un moment difficile. Je me mets à sa hauteur et je lui parle de façon empathique : “Je comprends que tu sois en colère”.
4- J’accompagne :
Je veille à ce que mon enfant puisse libérer sa colère sans se blesser, blesser quelqu’un ou endommager du matériel. J’arrête avec fermeté et douceur des gestes brusques et toute forme de violence. Mais je laisse la décharge s’effectuer sans jugement, juste en étant présent pour lui. “Je suis là, tu as le droit d’être en colère mais je ne te laisse pas te faire du mal/me taper/casser etc. »
5- J’accueille :
Et j’écoute les pleurs, la demande de câlins qui suit la décharge de colère. Je le prends dans mes bras. Je peux lui dire : « Je suis là pour toi et je t’aime quoi qu’il arrive »
Apprendre : communication après la crise de colère
Après la décharge émotionnelle, on constate un apaisement. Les tensions se sont relâchées. Notre enfant peut de nouveau avoir accès à son néocortex et interagir avec nous. C’est un moment d’apprentissage pour notre lui/elle et pour nous.
1- Communiquer :
Si notre enfant est prêt et d’accord, c’est le moment de communiquer, de reformuler ses paroles et de poser des questions ouvertes sur ses ressentis, sur ce qu’il a vécu. Suivant son âge et son tempérament, il peut ne pas avoir envie ou ne pas savoir communiquer sur ce qui s’est passé. C’est ok, il apprend petit à petit grâce à la co-régulation et aux mots que vous mettez sur les émotions.
2- Comprendre :
C’est aussi le moment de se mettre en mode chercheur et de voir ce qui s’est passé pour lui. Quel.s besoin.s se cache.nt derrière ces émotions et ce comportement ? Quelle est la source de la colère ? J’apprends à mon enfant à comprendre son fonctionnement grâce à mon écoute et à mes questions ouvertes : « Qu’est ce qui se passe pour toi dans cette situation ? Qu’est ce que tu ressens dans ton corps ? Tu as la mâchoire qui se crispe, tu as envie de crier ? etc..
3- Rappeler la règle :
Vous pouvez également en profiter pour rappeler la ou les règle.s : « tu as le droit d’être en colère mais pas de taper. « Tu as le droit d’avoir envie de taper mais pas de la faire ». « Quand on va au supermarché, on n’achète pas de jouets/bonbons etc. à chaque fois.” Nous adaptons notre discours suivant nos valeurs et nos règles.
4- Chercher ensemble des solutions.
Nous allons trouver ensemble des solutions pour qu’il apprenne à réguler ses émotions.« Que pourrais-tu faire la prochaine fois que tu sens la colère monter ? »
Dans le cas de conflit avec un autre enfant, on pourra utiliser la résolution de conflit.. Un conseil de famille ludique et régulier peut également aider mon enfant et la famille à mieux communiquer, se comprendre et vivre ensemble dans le respect des besoins de chacun.
Apprendre à réguler ses émotions prend du temps. Il faudra sans doute répéter ce protocole et accueillir encore et encore pour voir les progrès. On veillera également à adapter notre accompagnement et nos réponses à l’âge, à la situation, au lieu et aux circonstances.
Anticiper : prévenir les crises de colère
On ne pourra pas échapper à toutes les crises. Elles font partie du développement de l’enfant. Pourtant nous pouvons en éviter pas mal, en agissant en amont. Comment ?
1- Je checke les besoins :
Quand mon enfant commence à râler et que je sens que la pression monte, je commence par vérifier si ses besoins ont été comblés. Je vérifie les besoins physiologiques en premier, puis je remonte la pyramide de Maslow*: « A-t-il bien dormi ? A-t-elle faim ? Couve t il une maladie ? A-t-elle mangé trop de sucre ? Manque-t-il de mouvement/Jeu/câlin/ d’exploration… ?
Pyramide de Maslow*
2- J’établie des règles
Lors d’un conseil de famille par exemple, j’établis des règles, je pose des limites non négociables et négociables. Je cherche avec mon enfant d’autres moyens d’exprimer sa frustration et sa colère. Des moyens qui respectent ses besoins et les limites établies. Mon enfant est acteur, il est au cœur de la règle. Il sera d’autant plus coopératif s’il connaît, comprend et a participé à l’établissement des règles.
3- Je joue pour nourrir le lien :
Jouer, rire, passer du temps de qualité seule avec mon enfant permet de remplir son réservoir affectif. Plus le réservoir est plein, plus mon enfant est coopératif. Je pense à remplir le mien également !
4- Je mets en place une routine :
Les repères permettent à mon enfant de combler son besoin de sécurité. Je peux établir avec lui des rituels, des routines. Je le/la préviens, je lui explique ce qui va se passer dans sa journée, avant un événement, une sortie et même une tâche du quotidien.
5- Je donne l’exemple :
Je suis une référence pour mon enfant. Il m’observe et calque son comportement et ses mots sur les miens. Avec bienveillance pour moi même, je reste vigilante à mes mots et mon comportement devant mon enfant.
6- Je rempli MON réservoir :
Pour être en capacité d’accompagner un enfant dans sa colère, il est primordial d’avoir son propre réservoir rempli. Ce sera plus facile d'accueillir une crise si vous êtes reposée, calme, confiante et de bonne humeur. Prendre des moments pour soi, être écoutée dans nos difficultés de mamans, se sentir soutenue, c’est une base indispensable pour pouvoir faire notre job de parent le plus sereinement possible. Mais c’est souvent difficile à mettre en place…
7- Je me fais accompagner :
…Alors pour se faire aider on peut lire un article, regarder une vidéo, écouter une conférence… Cela permet de prendre conscience et de découvrir d’autres façon de parenter. Mais pour être vraiment écoutée et comprise, pour expérimenter les outils et vous aider à les adapter à votre situation, un accompagnement professionnel est essentiel. Il permet d’ajuster vos mots, vos comportements, de comprendre ce qui coince malgré toute votre bienveillance et bonne volonté. Et de retrouver la confiance dans votre parentalité. En tant que consultante en parentalité, je suis là pour vous, pour vous accompagner sur votre chemin avec douceur, bienveillance et respect de là où vous en êtes.
A éviter quand mon enfant fait une colère
Lui demander de se calmer.
L’émotion est restée en tension, elle a besoin de s’exprimer. Lui dire de contenir son émotion : de se calmer, de ne pas pleurer, de ne pas avoir peur etc. revient à lui dire de garder ses tensions et ses blessures en lui. D’un point de vue scientifique, nous savons aujourd’hui que les larmes liées à une émotion sont pleine de cortisol. La sécrétion de cortisol peut avoir des effets néfastes sur la santé à long terme. La décharge émotionnelle permet d’évacuer ce cortisol et d’atteindre l’homéostasie, le retour au calme du cerveau et du corps.
Punir ou isoler mon enfant
Tant que mon enfant est en colère, il n’est pas en capacité de réfléchir et de comprendre. Son néocortex, la partie de notre cerveau qui permet de raisonner, n’est pas encore mature. Un enfant avant 6/7 ans, n’a pas ou très peu la possibilité de réguler seul ses émotions. Le punir ou l’isoler ne sert à rien et risque d’être contre-productif. Il peut en effet développer soit encore plus de colère, soit une mauvaise estime de lui même : “je suis mauvais. Puisque maman me punit, c’est moi le problème”, soit le mensonge ou la dissimulation. Il va faire par derrière pour éviter la punition.
Lui dire que vous allez le laisser là tout.e seul.e
Mon enfant est déjà en détresse. Il a besoin de ma présence pour se réguler. Si vous le menacez de le laisser seul, il peut ressentir de l’abandon ou du rejet.
Le/La faire taper sur un coussin ou un objet
Bien que cela paraisse un exutoire, cela risque de renforcer l’association entre colère et comportement agressif. les études montrent que la répétition de gestes agressifs, même dirigés vers des objets, peut ancrer cette réponse comme automatique face à la frustration.(Sukhodolsky… 2016, Anderson et Bushman 2002 etc.)
En revanche, agiter ses bras, taper des pieds, faire le tigre, permet de libérer les tensions liées à la colère sans violence, en passant par le corps. En grandissant, l’enfant pourra accéder petit à petit à des outils verbaux, à la régulation émotionnelle et à la respiration pour accompagner ses émotions.
Mettre mon enfant devant un écran pour le distraire de son émotion.
Cela peut entraîner une sorte dépendance qui engendra à son tour de la frustration.
Lui demander POURQUOI il fait ça ?
Un enfant (un adulte aussi) pris dans son émotion n’a pas accès à son néocortex. Il n’est pas toujours en capacité d’expliquer ce qui se passe pour lui. Ça viendra avec le temps et votre aide.
Le toucher sans son consentement.
Le toucher ou le prendre dans les bras sans qu’il en ait fait la demande pourrait augmenter sa colère. Est-ce également ce qu’il veut ou ce dont il a besoin pour le moment ?
Minimiser son émotion et ses ressentis :
Même si les circonstances qui ont mis mon enfant en colère nous paraissent dérisoires, pour lui/elle c’est très difficile à vivre. Il traverse parfois des tempêtes émotionnelles. Il n’a pas encore la possibilité de relativiser. ça viendra… patience ! Nous aussi il nous arrive d’avoir du mal à relativiser, n’est ce pas ?!
La colère, comme toutes les émotions, est un processus physiologique de guérison. Ce processus doit être vécu pour libérer la souffrance, guérir une blessure…Pour cela notre enfant a besoin de notre présence, de notre écoute bienveillante et bientraitance pour apprendre à réguler ses émotions et gagner en autonomie.
Et si on prenait régulièrement du recul pour apprécier les petits pas et avancées de notre enfant et les nôtres. Les moments de coopération, de calme, de rires, de douceur…
Félicitez vous et gardez confiance. Vous êtes consciente, vous avez des outils et vous faites de votre mieux, c’est génial !!
Si malgré toutes ces suggestions, les colères de votre enfant de 4 ans persistent en fréquence et intensité, un accompagnement serait sans doute nécessaire pour adapter les conseils et outils à votre situation.
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Schéma de l'émotion -Processus physiologique de guérison

Pyramide de Maslow




